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Née d'Incertitude




Chapitre 2

Le livre était annoté. Son ancien·ne propriétaire avait commenté plusieurs passage avec ses réactions. Et visiblement, il ou elle n'était pas d'accord avec ce qui était écrit. Toute connaissance certaine est innacessible à l'humain car l'humain ne peut accéder que partiellement à la Création était entouré. Dans la marge, on pouvait lire Mais je peux savoir que le Mont Evrest fait 8 kilomètres de haut, comment ne pas être certain de cela?. Une larme coulait sur la joue de Jen. Lire ces annotations était comme une rencontre inespérée. Enfin quelqu'un exprimait ce qu'elle ressentait. Enfin, son mal-être était exprimé par des mots. Et il était exprimé par quelqu'un qui éprouvait cette même angoisse. Par une personne assuré·e, confiante.

Jen posa le livre sur un coin du canapé et alla chercher un soda dans le frigo de la cuisine. L'écran de ce dernier illuminait le coin cuisine de la pièce de paisibles reflets verts pomme. Il affichait trois heures du matin et prévoyait un temps gris, comme il était souvent le cas dans ce petit bout du monde. Lorsque Jen ferma la porte, un petit bip joyeux annonça qu'il avait mis à jour la liste des courses et le smartphone de Jen vibra pour indiquer qu'il était temps d'aller au supermarché du coin. Un gadget très utile. Le frigo vous fait votre liste de courses et le smartphone vous calcule le magasin le plus proche et le moins cher où vous pouvez tout vous procurer. Cela faisait des mois que Jen ne l'utilisait plus. Elle ne l'avait pas désactivé. Elle s'était juste habitué à ces sonneries devenues inutiles. Peut être qu'elle les aimait en réalité. Peut être parce qu'elles lui rappelaient à quel point ce monde est vain...

Difficile de savoir quand cette mode des gadgets malins était arrivée. Peut être avec les smartphones, ou encore avant. Il parraît que dans les temps les plus reculés on se faisait confectionner des meubles avec tiroirs secrets et des verrous toujours plus originaux. Et encore! Il y a quelques dizainnes d'années, l'innovation à tout prix était tellement célébrée que l'on était chaque jour submergé·e d'inventions débiles, éphémères mais ô combien nécéssaires. Grâce au Doute, les parangons de l'hyper-technologie au service du consumérisme à outrance ont enfin laissé la parole à celles et ceux qui prônaient une vie différente. On a trouvé un juste milieu. "Une position qui déplaît également à tout le monde" comme disait Ean. La vie moderne est toujours vide de sens, mais au moins elle ne vous le hurle plus au visage en permanence.

Le goût sucré de la boisson était plus agréable que d'habitude. Et pour la première fois depuis longtemps le mobilier de l'appartement n'était plus une vague décors terne. Il était redevenu table, chaise, télévision. Un semblant d'ordre, une certaine forme d'importence étaient soudainement apparus. Ce n'était plus le vague tas de mousse marron sur lequel Jen s'était assise par habitude. C'était le canapé du salon, de son salon. Un nouvel univers soudainement empli d'un but. Le monde tournait à nouveau. Il fallait qu'elle rencontre cette personne. Elle avait besoin de savoir qui elle était, de connaître son histoire. Mais elle n'avait pas noté son nom dans son livre. Jen pouvait retourner à l'église et espérer y retrouver ce·tte mystérieux·se inconnu·e mais c'était ésperer beaucoup de quelqu'un qui avait visible consomé son divorce avec l'Église...

Jen s'effondra sur le tas de mousse brune. Elle alluma distraitement la télévision et en coupa le son. Les images défilaient dans une farandole lumineuse. Un vieux bonhomme se promenait en pardessus "années 20" dans la cour d'un château. Mais Jen n'y prêtait pas attention. Les idées venaient danser dans son esprit, sur une musique inaudible mais visiblement chaotique, sans repère ni tempo fixe. C'était une expérience agréable. La sensation d'être connectée à quelque chose de grand. La vision vertigineuse d'une source origine de tout. Une vielle dame vient à la rencontre du vieux bonhomme. Elle avait une teinture cuivrée et une coupe au carré. Elle était souriante. Le vieux bonhomme lui proposa un chewing-gum. Bingo! Elle savait où le retrouver...